Nazisme et Bouc émissaire

La fonction du bouc émissaire est essentielle dans une société qui veut asseoir son pouvoir, son autorité sur les autres et faire accepter l’inacceptable. Le nazisme n’a pu exister et perdurer pendant douze ans, que parce qu’il s’appuyait sur le principe du bouc émissaire. Le bouc émissaire a comme fonction de souder le groupe contre un ennemi commun.

Dans la Grèce ancienne, l'une des cérémonies essentielles consistait en un sacrifice humain. Le choix, la désignation, les soins particuliers et, finalement, la destruction rituelle du bouc émissaire restaient l’intervention « thérapeutique » la plus importante et la plus significative que connaissait l’homme « primitif ». Dans la Grèce ancienne, la personne qu’on sacrifiait en guise de bouc émissaire s’appelait « pharmakos ». On voit donc que la racine de termes tels que pharmacologie et pharmacopée n’est point « médicament », « drogue » ou poison, ainsi que la plupart des dictionnaires le prétend à tort. La vraie racine, c’est le « bouc émissaire ». Le bouc émissaire permet à la société d’oublier ses propres turpitudes pour ne voir que celles du bouc émissaire. Cet ennemi commun peut être l’étranger, le Juif, le Musulman, le drogué, le pauvre, le non-vacciné, le Roms, le gros, le fumeur, le buveur. Le bouc émissaire permet au pouvoir en place de détourner le doigt accusateur qui se dirige vers lui, vers un faux responsable. De cette façon le pouvoir garde la main sur la population.

Le nazisme a été un modèle exemplaire pour permettre : la soumission, l’ordre, l’esclavage, le racket, l’exploitation, les journées de douze heures, la guerre, les bombes, la famine. Mais, comment un peuple entier a-t-il pu accepter les cartes d’alimentation, la faim, les contrôles incessants, la Gestapo en permanence ? Parce que le peuple allemand avait un bouc émissaire sur qui taper, le « sale Juif » sur lequel il pouvait cracher, se défouler. Bien sûr, une grande partie des Allemands se doutait bien que le petit cordonnier juif de leur quartier n’était pas responsable de leurs misères. Mais la propension de l’humain à se mentir à lui-même est sans limite. Cette farce du Juif responsable de sa torture quotidienne lui permettait donc de ne pas avoir à être courageux, de ne pas avoir à affronter de face l’État, seul responsable avec ses amis industriels et banquiers de ce totalitarisme. Et, bien souvent, les Allemands, peuple très discipliné, se contentaient simplement d’obéir aux ordres de leurs supérieurs. « Mon supérieur veut que je vous interdise de sortir de chez vous après 21h, alors j’exécute les ordres ». « Mon supérieur souhaite vous exproprier de votre logement, alors j’obéis, mais je comprends votre situation désespérée… » Le principal défaut du nazisme était son côté trop rapide et trop voyant. En 2021, le nazisme est beaucoup plus intelligent : il avance de manière progressive et de façon démocratique : les experts, les « scientifiques » pensent que vous devez arrêter de vous déplacer, de fumer, d’embrasser les autres, de boire, de rire, de penser, de manifester, de vous révolter ou de faire du bruit. Le nazisme est la conséquence logique des monopoles mondiaux.

Comme le disait Montesquieu : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser […] Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »

Voyons maintenant ce qu’était concrètement le nazisme de 1933-1945, avec des extraits d’un livre de Victor Klemperer (1881-1960), universitaire juif allemand victime et rescapé du nazisme, qui racontât dans un livre de plus de 1400 pages sa vie au quotidien sous le joug d’Adolf dans “Mes soldats de papier” et “Je veux témoigner jusqu’au bout”, parus aux éditions du Seuil, en 2000, et en 1995 en Allemagne. Car la situation actuelle n’est pas si éloignée de cette période de l’histoire. À l’époque aussi, on trouva un bouc émissaire contre qui faire de la violence, de la torture et de la soumission. Hier le Juif, aujourd'hui, le non-vacciné.

Victor Klemperer est aussi l’auteur de l’ouvrage “LTI, la langue du IIIe Reich”, paru en 1996 chez Albin Michel. L’une des raisons de sa survie au nazisme est le fait qu’il était marié à une protestante, les mariages mixtes étaient, en effet, un peu moins persécutés.

Extraits :

2 août 1934
“La langue du IIIe Reich a commencé sur le mode lyrique et extatique, puis elle est devenue langue de guerre, puis elle a glissé vers le mode mécaniste et matérialiste.” […] 2 mai 1935 “Mardi matin, sans aucun préavis, deux feuilles délivrées par la poste : « En vertu de l’article 6 de la loi portant rétablissement du fonctionnariat de carrière, j’ai demandé votre révocation. Document de révocation ci-joint. » Le Directeur par intérim du ministère pour l’Éducation populaire.” […]

9 novembre 1935
“Nous sommes allés chez les Wengler dans l’après-midi. J’ai été encore une fois incroyablement impressionné de les voir allumer la TSF et passer de Londres à Rome, de Rome à Moscou, etc. Les notions d’espaces et de temps sont annihilées. On ne peut que devenir mystique. Pour moi, la radio détruit toute forme de religion et engendre en même temps la religion. Et cela doublement : a) par le fait qu’il existe un tel miracle, b) par le fait que c’est l’intelligence humaine qui l’invente, l’explique, l’utilise. Mais cette même intelligence humaine tolère sans broncher le gouvernement d’Hitler.” […]

16 mai 1936
“Je ne crois plus du tout que ce gouvernement ait encore des ennemis à l’intérieur. Le peuple, dans sa grande majorité, est satisfait, un petit groupe accepte Hitler comme un moindre mal, personne ne veut vraiment s’en débarrasser, tout le monde voit en lui le libérateur des affaires extérieures, tout le monde a peur des conditions russes comme un enfant a peur du croque-mitaine, et tous, dans la mesure où ils ne sont pas sincèrement grisés, jugent inopportun au nom du réalisme politique de s’indigner de bagatelles telles que l’oppression des libertés civiles, la persécution des Juifs, la falsification de toute vérité scientifique, l’annihilation systématique de tout sens moral. Et tout le monde tremble pour son pain, sa vie, tout le monde est si épouvantablement lâche.”

12 septembre 1937
“Où que j’aille, partout cet écriteau : « Juifs indésirables ! » Et maintenant, pendant le cinquième congrès du parti, cette recrudescence de la haine antijuive. Les Juifs assassinent l’Espagne, les Juifs sont un peuple de criminels, tous les crimes sont à imputer au Juif (Goebbels). Et le peuple est si stupide qu’il croit tout ce qu’on lui raconte. Tout le monde rouspète ; mais personne ne bouge, et la masse finalement croit tout ce qu’on lui raconte.”

Pour lire la suite : Nazisme et Bouc émissaire

 



Julien Roux - Copyright 1965-2021